C'est pas grave (on fera pire la prochaine fois)

La pire des choses serait qu’il n’arrive rien. Déplier, renverser la catastrophe comme un « c’est pas grave » du « c’est pas grave », déterrer le plaisir féroce du débordement, de l’effondrement, la tragédie, l’instant critique. La vie est si sauvage qu’elle dévore l’ordinaire humain par ses irruptions cataclysmiques, un mélange de grave et d’aigu, de notes de joie comme de souffrance. Dans l’œil du cyclone, Abuser du dérisoire pour contourner l’ironie du sort, créer un moment absurde de suspension et d’humour, trébucher juste au bord du désastre. C’est pas grave, on fera pire la prochaine fois. L’éclat triomphant et tragique de trois victimes du pire, qui se tirent avec humour de situations absurdes, qui auraient pu échapper à la fatalité mais qui préfèrent se jeter au cœur de la mêlée, juste parce que, vivre, ça n’est jamais rester à l’écart de ce qui peut se produire. Un spectacle construit comme un cataclysme, ou plutôt une suite de catastrophes, d’événements qui échappent à tout contrôle, des ruptures d’équilibre, des effondrements d’objets, de personnes. Trois interprètes aux qualités corporelles très différentes qui sont en proie à la panique, à la survie, qui apprennent à se tirer des mauvais pas, se sauvent ou subissent les conséquences désastreuses. Une scénographie portée sur le plaisir de bâtir des pièges, des chausse-trappes, des dangers plus ou moins imminents, des mécanismes irrémédiables. De l’épée de Damoclès au séisme soudain, il s’agit de provoquer cette profonde inspiration qui précède l’accident et cette profonde expiration qui suit le fait d’y échapper. Une approche sauvage et intuitive, qui échappe au pire par le flair, la chance ou l’utopie. Un goût prononcé pour l’absurde que révèlent les situations de difficulté, de détresse ; l’humour vient à bout de la fatalité pour offrir au spectateur une vision déconstruite et solaire du drame, de la tragédie. S’il est une certitude au monde c’est la nécessité absolue, pour un monde conscient de sa fin, de rêver, de se projeter en avant, de rompre avec la solastalgie, l’angoisse d’un effondrement annoncé. Notre métier comme notre envie est d’offrir cette part de rêve qui construit un présent confiant, d’en semer quelques graines tout au moins.

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